Chaque automne, un certain type d'homme entre dans la boutique, rue Décarie, le téléphone à la main et avec un rendez-vous qu'il n'avait pas prévu. L'entrevue est jeudi. Parfois, c'est demain. Et la question qu'il pose à voix basse, une fois les banalités épuisées, est celle à laquelle ce billet répond : quoi porter pour une entrevue d'embauche. Il est habituellement un peu gêné de la poser. Il ne devrait pas l'être. C'est l'une des rares questions de la mode masculine qui vienne avec une date et une heure.
Le mois dernier, dans ces pages, nous avons traité de la tenue pour un premier jour dans un nouvel emploi. Voici le mandat plus difficile. Le premier jour, vous avez déjà gagné; les vêtements n'ont qu'à se faire discrets. En entrevue, on vous lit encore, et la lecture commence à la réception, avant même que vous ayez dit un mot.
Quoi porter pour une entrevue d'embauche : commencez par le costume
Si le secteur où vous entrez porte le costume — les banques, les cabinets, l'essentiel de ce qui se passe dans le Vieux-Montréal —, la réponse est un costume, porté avec une cravate, et il n'y a rien d'autre à décider. Ne vous laissez pas convaincre d'en faire moins parce que l'offre d'emploi parlait d'une culture décontractée. La culture est peut-être décontractée. La décision d'embauche, elle, ne l'est pas.
Si vous n'arrivez vraiment pas à trancher — une entreprise de logiciels dans le Mile End, une jeune pousse au-dessus d'un café —, portez le costume quand même, et prévoyez de pouvoir descendre d'un cran. Nous avons défendu cet argument au sujet des cravates plus tôt ce mois-ci, et il est doublement vrai le jour de l'entrevue : être trop habillé est un problème qui se règle dans l'ascenseur; ne pas l'être assez, c'est toute la rencontre. La cravate voyage dans la poche de votre manteau dans tous les cas. Vous déciderez dans le hall, selon les trois premières personnes que vous verrez.
La couleur, c'est simple. Anthracite ou marine foncé, rien d'autre. L'anthracite dit que vous êtes venu travailler; le marine dit la même chose avec un peu plus de prestance. Le noir est réservé au soir — une position que nous tenons dans ces pages depuis le début de l'automne — et tout motif plus voyant qu'un carreau discret donne à la salle quelque chose à retenir qui n'est pas vos réponses. Nos recommandations habituelles, les Esprit de Jack Victor en anthracite et en marine foncé, sont coupées à quinze minutes de notre porte, et nous les ajustons chaque semaine sur des hommes qui ont une échéance le jeudi.
La chemise blanche est une stratégie, pas un cliché
La chemise d'entrevue est blanche, pour des raisons pratiques plutôt que sentimentales. Le blanc tombe juste sous n'importe quel costume foncé que vous possédez. Il évoque l'effort sans verser dans l'extravagance. Et il accomplit un discret travail d'optique qu'une salle de réunion aux néons ne fera pas pour vous : il met de la lumière sous votre visage. Nous aimons la Signature Twill blanche d'ETON précisément pour cette tâche (280 $) — un col cassé net qui se tient bien de lui-même si la cravate reste dans la poche, et qui encadre un nœud simple si elle en sort. Repassée, évidemment. Une chemise blanche froissée est pire que l'absence d'effort, parce que c'est un effort visible qui a échoué.
Une franchise avant jeudi : si votre tour de cou a changé depuis votre dernier achat de chemise — cela arrive à presque tout le monde —, c'est la semaine pour l'admettre. Un col qui serre se lit comme de l'inconfort, et l'homme de l'autre côté du bureau ne fait pas la différence entre un col trop étroit et une réponse hésitante.
La cravate, si elle sort de la poche, est marine, avec un motif plus petit qu'un bouton de chemise; le micro-pois tissé que nous recommandions plus tôt ce mois-ci est exactement ce qu'il faut. Les chaussures sont foncées, sobres et cirées la veille — pas la semaine d'avant. Et rien à vos pieds ne devrait être neuf ce matin-là. Faites vos chaussures à votre pied la semaine précédente ou portez la paire en qui vous avez confiance. Une entrevue est le mauvais jour pour une première fois, quelle qu'elle soit.
En novembre, c'est le manteau qui entre en premier
Voici la partie que les guides de style écrits dans des villes plus chaudes passent sous silence : de novembre à avril, la première chose qu'un intervieweur montréalais voit, ce n'est pas votre costume. C'est votre manteau — qui traverse le hall, plié sur votre bras à la réception, suspendu derrière la porte pendant que vous attendez. Le manteau arrive avant la poignée de main.
Un parka avec un billet de remontée encore accroché à la fermeture éclair parlera à votre place, et il ne dira pas ce que vous voulez faire entendre. Par-dessus un costume, la réponse est un pardessus de coupe soignée, et celui dans lequel nous enverrions un candidat cette saison est le Wesley bleu nuit de Jack Victor (1 298 $) — un laine et cachemire fabriqué en Italie, droit, à revers cranté, souple à l'épaule, de sorte qu'il tombe sur un veston sans faire de pli. Il est foncé, il est discret, et il s'efface comme doivent le faire les vêtements d'entrevue : dans la bonne direction. Nous avons publié le guide complet pour choisir un pardessus plus tôt ce mois-ci; pour l'entrevue, la règle est plus courte. Foncé, en laine, assez long pour couvrir le veston.
Deux dernières règles, toutes deux apprises d'hommes qui nous ont raconté comment ça s'était passé. Rien ne fait ses débuts à l'entrevue — le costume devrait avoir été porté au moins une fois, ne serait-ce qu'une soirée à la maison, pour que rien ne vous surprenne au milieu d'une phrase. Et laissez tomber l'eau de Cologne complètement. La plus petite pièce que vous partagerez ce jour-là est un ascenseur, et vous ne voulez pas être ce qu'on y remarque. Téléphone en sourdine et dans la poche du manteau, pas moulé contre la jambe de votre pantalon.
Enfin, surveillez le calendrier. Une entrevue vous donne des jours, pas des semaines, et c'est là que nous pouvons réellement vous aider. Nos tailleurs de la rue Décarie pressent un costume, raccourcissent une manche et règlent la question du col en une seule visite — apportez le costume que vous comptez porter le jour où vous recevez l'appel, ou réservez quelques minutes avec nous et nous bâtirons la réponse au complet à même nos rayons. Les vêtements ne peuvent pas vous obtenir le poste. Leur seul but est de n'être pour rien dans un refus — puis d'être oubliés dès que vous commencez à parler.








